Les premiers signes du burn-out : le témoignage de Karine qui les a ignorés pendant près de dix ans

« Pendant longtemps, je pensais simplement que j’Ă©tais fatiguĂ©e. »

C’est ainsi que Karine rĂ©sume aujourd’hui les annĂ©es qui ont prĂ©cĂ©dĂ© son burn-out.

Avant de s’effondrer en 2022, elle a continuĂ© Ă  travailler malgrĂ© des symptĂ´mes de plus en plus envahissants. Son corps tentait de lui envoyer des messages, mais elle les interprĂ©tait comme les consĂ©quences normales de la fatigue, de l’âge ou du travail de nuit.

Ă€ travers son tĂ©moignage, elle revient sur ces premiers signes qu’elle n’a pas Ă©coutĂ©s, sur le moment oĂą tout a basculĂ© et sur son chemin de reconstruction.

Karine raconte les premiers signes de son burn-out dans le podcast Au cœur du sens.

Important : ressentir un ou plusieurs de ces symptĂ´mes ne signifie pas automatiquement que tu es en burn-out. En revanche, lorsqu’ils s’installent dans la durĂ©e et commencent Ă  impacter ton quotidien, ils mĂ©ritent d’ĂŞtre pris au sĂ©rieux.

Avant le burn-out : trente années dans la même entreprise

Karine travaille pendant trente ans dans un casino, dans le sud de la France.

Comme beaucoup de personnes de sa gĂ©nĂ©ration, elle considère son emploi comme une sĂ©curitĂ© qu’il faut prĂ©server coĂ»te que coĂ»te.

Plusieurs éléments expliquent pourquoi elle reste dans cette entreprise malgré son mal-être :

  • elle souhaite assurer la stabilitĂ© financière de sa famille ;
  • un crĂ©dit immobilier est en cours ;
  • elle veut subvenir aux besoins de ses enfants ;
  • elle a grandi avec l’idĂ©e qu’un emploi stable est prĂ©cieux et ne se quitte pas.

Cette vision du travail l’amène progressivement Ă  faire passer ses besoins après toutes ses responsabilitĂ©s

Les premiers signes du burn-out étaient déjà présents

Le burn-out n’est pas apparu brutalement.

Dans son cas, les premiers symptômes se sont installés progressivement pendant près de dix ans.

Des symptômes physiques qui revenaient avant chaque journée de travail

Karine décrit plusieurs manifestations physiques récurrentes :

  • de l’eczĂ©ma ;
  • une oppression au niveau du plexus solaire ;
  • une sensation permanente de manquer d’air ;
  • un ventre qui gonfle avant mĂŞme d’arriver sur son lieu de travail ;
  • des difficultĂ©s Ă  conduire la nuit alors que cela ne lui posait auparavant aucun problème.

Elle explique notamment devoir dĂ©boutonner son pantalon pendant le trajet tant son ventre gonflait sous l’effet du stress.

Avec le recul, elle considère aujourd’hui que son corps essayait dĂ©jĂ  de lui dire qu’il ne supportait plus cette situation.

MĂŞme son uniforme devenait difficile Ă  supporter

Ă€ force d’associer son travail Ă  la souffrance, elle a le sentiment que son corps finit par rejeter son environnement professionnel.

Pourtant, malgré ces signaux, elle continue à aller travailler.

Pourquoi ?

Parce qu’elle estime ne pas avoir le choix.

Elle veut continuer à assurer les revenus du foyer et ne pas faire peser cette responsabilité sur son mari.

Pourquoi a-t-elle ignoré ces signaux pendant si longtemps ?

Elle attribue ses symptĂ´mes :

  • aux horaires de nuit ;
  • au vieillissement ;
  • Ă  une simple fatigue passagère.

Aujourd’hui, elle reconnaĂ®t avoir continuĂ© malgrĂ© tout.

Elle confie même regretter de ne pas avoir davantage écouté son corps.

« J’ai ignorĂ© mon corps et je m’en veux pour ça. »

Cette phrase illustre une rĂ©alitĂ© frĂ©quente : il est souvent difficile d’accepter que la souffrance dĂ©passe ce que l’on peut supporter.

Les croyances qui l'ont empêchée de s'arrêter

Le témoignage de Karine montre que plusieurs facteurs se sont cumulés.

Ce qui la retenait Ce qu’elle explique
La sĂ©curitĂ© de l’emploi Elle appartenait Ă  une gĂ©nĂ©ration oĂą l’on gardait son travail toute sa vie.
Les responsabilités familiales Elle voulait continuer à assurer les besoins de ses enfants et du foyer.
La peur de perdre son emploi Quitter son entreprise ne lui semblait pas envisageable.
La banalisation des symptĂ´mes Elle pensait que tout cela relevait simplement de la fatigue.

Ces Ă©lĂ©ments expliquent pourquoi il peut ĂŞtre si difficile de reconnaĂ®tre les premiers signes d’un burn-out.

Le point de rupture : « Je ne peux plus y aller »

Aujourd’hui, Christelle explique que sa manière de vivre a profondĂ©ment changĂ©.

 

Le véritable basculement survient après le licenciement de son mari.

Jusqu’alors, ils travaillaient tous les deux et partageaient un quotidien très liĂ© Ă  leur vie professionnelle.

Lorsqu’il n’a plus d’emploi, Karine perd son dernier repère.

Un soir, alors qu’elle prĂ©pare sa chemise pour aller travailler, elle rĂ©alise qu’elle n’en est plus capable.

Elle dit Ă  son mari :

« Je ne peux plus y aller. »

Au dĂ©part, il pense qu’elle a simplement besoin de repos.

Mais elle précise immédiatement :

« Tu n’as pas compris. Je ne veux plus y aller du tout. »

Pour elle, retourner travailler n’Ă©tait plus envisageable.

Elle raconte avoir ensuite passé environ soixante-douze heures enfermée dans sa chambre.

Avec le recul, elle estime avoir attendu beaucoup trop longtemps avant de s’autoriser Ă  s’arrĂŞter.

Les ressources qui l'ont aidée à avancer

Karine a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un suivi psychologique et psychiatrique.

Elle explique cependant que c’est principalement auprès de sa psychologue qu’elle a trouvĂ© des outils concrets.

Parmi ceux qu’elle utilise encore aujourd’hui :

  • la respiration ;
  • la mĂ©ditation ;
  • le fait de casser volontairement ses habitudes.

Par exemple, elle choisit parfois de modifier un trajet quotidien simplement pour sortir de ses automatismes.

Selon elle, ces petits changements créent une forme de déclic qui lui permet de se recentrer.

Quatre ans après son burn-out, où en est-elle ?

Karine explique avoir retrouvé une partie de sa personnalité.

Elle se décrit comme une personne redevenue plus joyeuse et plus en accord avec elle-même.

Pour autant, elle ne parle pas de guérison.

Elle compare son burn-out à une rémission.

Selon elle, certaines fragilitĂ©s restent prĂ©sentes et elle sait qu’un nouvel Ă©quilibre doit ĂŞtre entretenu au quotidien.

Elle indique notamment qu’elle n’a jamais rĂ©ussi Ă  reprendre un emploi en entreprise.

Le burn-out n'était pas uniquement lié au travail

Si son environnement professionnel a largement contribuĂ© Ă  son Ă©puisement, Karine estime que d’autres Ă©lĂ©ments sont venus s’ajouter.

Elle évoque notamment :

  • la pĂ©rimĂ©nopause ;
  • le manque de reconnaissance au travail ;
  • une perte progressive du sens de son mĂ©tier ;
  • son histoire personnelle.

Elle insiste sur le fait que son propre burn-out est le rĂ©sultat d’un ensemble de facteurs et non d’une seule cause.

Le conseil qu'elle souhaite transmettre

S’il y a un message que Karine aimerait faire passer, c’est celui-ci :

Ne pas attendre.

Elle encourage les personnes qui souffrent à reconnaître leur douleur sans se comparer aux autres.

Selon elle :

  • chacun est lĂ©gitime dans sa souffrance ;
  • demander de l’aide est une Ă©tape essentielle ;
  • mettre des mots sur ce que l’on ressent est dĂ©jĂ  un premier pas vers la reconstruction.

Elle insiste Ă©galement sur l’importance de parler vĂ©ritablement de ce que l’on vit, sans minimiser son mal-ĂŞtre.

Ce que son burn-out lui a finalement appris

Avec le recul, Karine considère que cette épreuve a profondément changé sa manière de voir la vie.

Elle estime qu’elle ne serait probablement pas la personne qu’elle est aujourd’hui sans ce parcours.

Pour autant, elle prĂ©cise qu’elle aurait aimĂ© prendre conscience de son Ă©tat bien plus tĂ´t.

Si elle pouvait revenir en arrière, elle ne souhaiterait pas revivre dix années à ignorer les signaux que son corps lui envoyait.

Son tĂ©moignage rappelle qu’Ă©couter les premiers signes du burn-out ne signifie pas renoncer. Cela peut, au contraire, permettre d’Ă©viter que l’Ă©puisement ne s’installe jusqu’au point de rupture.

Karine raconte les premiers signes de son burn-out dans le podcast Au cœur du sens.

🎧 Tu peux retrouver l’interview de Karine sur le podcast Au CĹ“ur du Sens, Ă  travers la sĂ©rie spĂ©ciale La Parenthèse Burn-out (de l’Ă©pisode 118 Ă  l’Ă©pisode 128).

Des récits concrets, humains, qui permettent de mieux comprendre ce qui se joue dans l’épuisement et comment chacun(e) retrouve son équilibre à son rythme.

🧭 Sortir du burn-out, ce n’est pas revenir comme avant, c’est apprendre à fonctionner autrement.

â–¸En savoir plus...

FAQ – Burn-out et neuroatypie

Quelle est la différence entre un burn-out et une dépression ?

Le burn-out est un Ă©tat d’Ă©puisement physique, mental et Ă©motionnel provoquĂ© par un stress chronique, souvent liĂ© au travail, mais parfois aussi Ă  la vie personnelle ou familiale. Il apparaĂ®t progressivement après une pĂ©riode de surinvestissement ou de surcharge.

La dĂ©pression, quant Ă  elle, est un trouble de l’humeur qui touche l’ensemble des domaines de la vie et dont les causes peuvent ĂŞtre multiples. Les deux peuvent partager certains symptĂ´mes (fatigue, perte d’Ă©nergie, troubles du sommeil), mais leur origine et leur prise en charge ne sont pas exactement les mĂŞmes. En cas de doute, il est essentiel de consulter un professionnel de santĂ©.

Les personnes prĂ©sentant une neuroatypie (TDAH, TSA, troubles Dys, haut potentiel associĂ© Ă  d’autres troubles…) peuvent ĂŞtre davantage exposĂ©es au burn-out lorsqu’elles passent des annĂ©es Ă  compenser leurs difficultĂ©s ou Ă  masquer leur fonctionnement naturel.

Cette suradaptation permanente, appelĂ©e aussi masking chez certaines personnes autistes, demande une quantitĂ© importante d’Ă©nergie. Ă€ long terme, elle peut favoriser un Ă©puisement profond, surtout lorsqu’elle s’ajoute Ă  des exigences professionnelles ou personnelles importantes. Toutes les personnes neuroatypiques ne feront pas un burn-out, mais connaĂ®tre son fonctionnement permet souvent de mieux prĂ©venir ce risque.

Les premiers signes d’un burn-out chez une personne neuroatypique ressemblent souvent Ă  ceux d’un burn-out classique : fatigue persistante, troubles du sommeil, irritabilitĂ©, perte de motivation, difficultĂ©s de concentration ou sensation d’ĂŞtre constamment dĂ©bordĂ©.

Chez certaines personnes, peuvent Ă©galement apparaĂ®tre une hypersensibilitĂ© accrue, une augmentation des difficultĂ©s exĂ©cutives, davantage de surcharge sensorielle, un besoin important de s’isoler ou encore une perte des capacitĂ©s habituelles de compensation. Ces symptĂ´mes varient d’une personne Ă  l’autre et mĂ©ritent toujours d’ĂŞtre Ă©valuĂ©s par un professionnel.

La reconstruction après un burn-out demande du temps, et encore davantage lorsque l’on dĂ©couvre un TDAH, un TSA ou une autre neuroatypie.

La première Ă©tape consiste souvent Ă  accepter que l’on ne pourra pas reprendre exactement le mĂŞme rythme qu’avant. Comprendre son fonctionnement, apprendre Ă  respecter ses limites, adapter son environnement de travail, rĂ©duire les sources de surcharge et bĂ©nĂ©ficier d’un accompagnement psychologique adaptĂ© sont autant de leviers qui favorisent une reconstruction durable. L’objectif n’est pas de redevenir la personne que l’on Ă©tait avant le burn-out, mais de construire un Ă©quilibre plus respectueux de ses besoins.

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